Difficile d'établir des codes généraux, tellement la notion d'artiste en elle-même est vaste. Et pourtant, nombre d'entre eux demandent une reconnaissance, une sécurité et une place dans le système. Mais les syndicats pataugent, l'office national de l'emploi se contente de réguler le taux de chômage et au final, le sujet reste en suspens. Avec tout de même, une "association d'artistes professionnels" (SMART) qui tente de mettre de l'ordre dans ce fourbis.
On entend parler en Belgique du "statut d'artiste"; et pourtant IL N'Y A PAS DE STATUT D'ARTISTE en Belgique. Mais il existe tout de même dans la législation sociale, certaines règles spécifiques applicables aux artistes. On parle notamment de "la règle du cachet", qui n'est pas une disposition légale, mais bien une interprétation par l'ONEM, d'un article de loi en la matière.
Le principe : les artistes et techniciens du spectacle (UNIQUEMENT!) qui normalement sont engagés au cachet, perçoivent celui-ci sous forme de salaire (via SMART, notamment). l'ONEm prend donc en compte la totalité de ces salaires bruts sur une période définie et les convertis en "équivalents jours". Et en fonction de ce résultat, l'artiste (qui est en fait un demandeur d'emploi comme les autres aux yeux de l'ONEm) obtient ou nom un droit au chômage. Une allocation plus ou moins élevée lui est alors attribuée a vie, pour autant qu'il preste dorénavant un cachet par an.
La réalité est selon moi très tordue. Cette petite manoeuvre qui consiste à "demander son statut d'artiste" prend des airs de soupe populaire. Les "artistes" font la file au bureau de l'ONEm, pile de C4 sous le bras, en espérant obtenir l'allocation de chômage la plus élevée. Et visiblement, les critères d'acceptation varient ENORMEMENT d'un bureau régional à l'autre et même d'un employé (de l'ONEm) à l'autre. Résultat : c'est la loterie, avec son lot d'abus et de déçus.
Les déçus, j'en fais partie. En 2006-2007, j'ai moi aussi converti pas mal de mes revenus (issus d'activités variées mais totalement artistiques) en salaires et déposé une pile de C4, via mon syndicat de l'époque (CGSLB) à l'ONEm. Flou total (pour ne pas dire artistique) puis verdict : vos droits au chômage restent ceux de base. A savoir, allocations les plus basses et prière de chercher de l'emploi; convocation au bureau de l'ONEm à l'appui. Quand tu dessines et joues de la musique du lundi au vendredi non stop et que tu décarcasses pour réglementer tout ça avec des contrats, autant dire que ça fait mal au cul... Des milliers d'euros cotisés pour un au final un droit social NUL. Pension : pareil.
D'où mon statut (et celui là en est un) d'artiste indépendant. Est-ce par défaut? Au final, je ne pense pas. J'ai tendance à croire qu'un artiste, par définition, EST indépendant; de part sa manière de vivre en société et de concevoir le travail. Alors oui, il me semble que le statut d'indépendant est le plus adéquat pour une activité artistique professionnelle. Le hic, c'est qu'en Belgique, c'est très très lourd, financièrement, d'être indépendant. Je ne vous parle même pas de monter une société. C'est peut-être là dessus qu'il faudrait travailler. Avec d'avantage d'aides et de facilités, un artiste indépendant entrepreneur pourrait même ENGAGER d'autres artistes et créer de l'emploi. Or ici, on en est vraiment très loin.
Alors la FGTB semble s'intéresser au sujet et parle de mettre en place un bureau "spécialisé en la matière". C'est très bien. J'ai juste le sentiment que l'accent n'est peut-être pas mis au bon endroit. Un statut d'artiste aux allures de "chômage à vie"... Un tremplin vers quoi?
La créativité? (...) Comment l'art pourrait-il trouver sa place dans la société si on appuie le fait que ceux qui le pratiquent vivent de la cotisation financière des autres?
Les débats sont ouverts :)
Pierre-Yves Berhin / HAMO(Les informations sur le statut d'artiste sont reprises du site www.smartasbl.be)